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Pedro et moi – J. Winick

Pedro et moi - J. Winick—- Chronique parue sur BDGest’ le 22/05/2006 —-

En 1993, Judd Winick participe à l’émission de téléréalité  « Real People » dans l’espoir de gagner 6 mois nourri, logé et blanchi. Là bas, il va rencontrer un garçon qui va changer sa vie. Ce garçon, c’est Pedro. Homosexuel et séropositif. Judd, à cette époque, ne connaît personne qui ait un rapport, de près ou de loin, avec le SIDA. D’ailleurs, il ne connaît rien non plus à cette maladie. Et Pedro va, peu à peu, lui en faire découvrir la réalité, et une vraie amitié naît entre eux.

Les albums qui parlent réellement du SIDA sont peu nombreux. Pilules Bleues avait fait, à sa sortie, sensation. Pedro & moi est resté plus discret, mais ce témoignage est tout aussi fort, par sa sincérité et par sa manière de trouver le mot juste. Aujourd’hui, en 2006, les découvertes de Judd paraissent évidentes, mais à l’époque combien d’entre nous étaient réellement conscient des risques inhérents au SIDA ? C’est cet apprentissage qui constitue le livre, en même temps que la chronique, lente, de la mort annoncée de Pedro. On ne retrouve pas la retenue savante des auteurs habitués aux histoires tristes, seulement la tristesse d’un homme qui veut crier à la face du monde que son ami, son seul ami, est mort d’une erreur, d’une trop grande naïveté et d’un manque d’information. Et c’est en cela que cet album est extraordinaire.

Judd Winck a plus l’habitude de travailler comme scénariste sur des comics de super-héros. Alors, quand il reprend le crayon, on sent que la mécanique est un peu rouillée. Certains personnages n’ont pas un profil parfait, d’autres sont légèrement tordus. Mais on sent aussi, par moments, une certaine virtuosité poindre dans le trait, une méticulosité aussi qui le fait s’attarder sur chaque personnage d’une foule, sur chaque cheveu d’une coiffure afro. Sans jamais rester bloqué sur une planche extraordinaire, on sent la tension et l’émotion dans toutes, et ce sont elles plus que le texte qui nous tireront, à la fin, des larmes, autant de tristesse que de soulagement.

Décidément, dans ce genre d’ouvrages, les témoignages, malgré leur aspect intime et leur côté si personnel, touchent infiniment plus que les fictions. Peut-être devrait-on recommander cette lecture dans les établissements scolaires. Elle sait dire le plus importants : le SIDA, on en meurt parce qu’on a fait, un jour et un seul, une bêtise. Et c’est stupide.

Les Morues – T. Lecoq

Les Morues - T. LecoqAujourd’hui, je suis malade. Je reviens de la bonne ville d’Orléans où je me suis occupée de l’ouverture d’une librairie absolument splendide, mais j’y ai chopé une crève monstrueuse ce qui ne m’aide pas à me montrer loquace. Eh ouais, quand je renifle, je ne suis pas bavarde. Ça m’a aussi empêchée de bouquiner, ce qui comme on peut facilement l’imaginer me met d’une humeur de dogue. Je vais essayer que ces dispositions ne rejaillissent pas trop sur cet article, mais je vous le dis tout de suite c’est pas gagné. Parce que Les Morues, c’est pas mon coup de cœur du mois.

Bon, je vais nuancer ça tout de suite, sinon le community manager du Diable Vauvert va tomber dans les pommes (oui, il me lit. Il a intérêt, vu comme je l’ai linké à mort sur FB, sur Twitter… partout). Disons que des Morues j’attendais carrément autre chose, alors du coup dès le début j’ai été un peu refroidie (non, ce n’est pas pour ça que j’ai la crève). Titiou Lecoq je la suis depuis un bout de temps sur le net, parce qu’elle a un blog dont je suis absolument fan. Elle me fait généralement hurler de rire derrière mon écran et j’attendais avec beaucoup d’impatience à un roman « à la Titiou », un truc un peu trash, méchant, drôle et grinçant. Raté, la Titiou, elle a écrit un vrai roman. Je ne peux pas dire que je lui en veuille, mais comme je n’étais pas prévenue et que je n’ai pas lu la quatrième de couv, ça m’a fait un choc.

Entendons-nous bien. J’adore le fait qu’elle soit sortie de son blog et de son style habituel d’écriture pour Les Morues. J’aurais été déçue de lire un girls and geeks bis. Mais en même temps je n’ai pas retrouvé cette liberté de ton qui me plaît tant chez elle (oui, c’est pas logique, mais je suis chez moi j’fais c’que j’veux, j’lis en pyjama, j’mange du nutella et j’aligne des arguments qui se contredisent). Du coup, l’histoire en elle-même ne m’a pas trop plu. Peut-être parce que j’ai beaucoup de mal avec les romans qui font trop référence à l’actualité. Je me demande toujours ce qu’on en comprendra dans cinquante ans. Et puis parce que je trouve finalement que ça tourne un peu en eau de boudin. Que ça part dans tous les sens, puis dans une direction sympa, puis plus rien. En fait, je trouve que ça ne va pas assez loin, dans tous les sens du terme. Pas assez loin dans l’histoire, dans le trash, dans le contemporain … En même temps, comme dit Anne « quand je lis Les Morues j’ai l’impression que ça parle de moi, voire que c’est moi qui l’ai écrit ». Et ça, c’est pas rien.

Mauvais genre – N. Alderman

Mauvais genre – N. AldermanIl y a un genre de littérature que j’ai oublié dans mon magistral cours de l’autre jour, c’est la littérature d’ambiance. On n’y pense pas souvent, et pourtant c’est un genre de plus en plus courant. Mauvais genre en fait typiquement partie, qui raconte, en gros, « comment c’est d’être étudiant à Oxford ». L’université et la vie d’étudiant du héros font les plus grandes parties du roman, ainsi que sa sortie et les débuts d’adultes d’une bande d’amis. A première vue comme ça c’est un peu ennuyeux, et puis on entre vite dans la peau du personnage principal, plutôt attachant, et au final on le suit avec pas mal de plaisir tout au long de ses études et de ses questionnements avec ses amis.

J’imagine que si l’auteur lisait ce résumé, elle me dirait que je passe à côté de beaucoup de choses du roman. Je m’en rends compte, mais je pense les avoir plus savourées par surprise que si l’on m’avait prévenue. Je me contenterai donc de dire que, pendant ses études, notre héros (qui s’appelle James, ce qui me fait me rendre compte que c’est un prénom charmant) va emménager dans la splendide maison d’un nommé Mark qui héberge toute la bande, richissime élève qui souffre du fameux « mal-être des riches », poussé à un certain paroxysme.

Au final c’est un roman tiède, qui se lit rapidement sans trop d’émotion mais avec un certain plaisir. Une lecture d’été agréable.

Quatre soldats – H. Mingarelli

Quatre soldats - H. MingarelliEncore un fond de PAL honteux. Quatre soldats m’a été mis entre les mains par le génial libraire de la Mandragore, à Périgueux. À ma grande honte, il me faut avouer que ce judicieux conseil a été donné il y a plus de deux ans. C’est un roman difficile à résumer, et le pitch qui m’a été donné (« Quatre soldats dans une cabane sous la neige ») m’avait, comment dire, refroidie (ahahaha). Lectrice de peu de foi ! Quatre soldats est un petit bijou hors de toute classification. Quatre hommes de l’Armée Rouge, frustes, illettrés, vont construire en un hiver une formidable amitié, toute en non-dits et en sentiments inavoués, jusqu’à montrer une humanité splendide. C’est un tout petit roman, fait de tous petits chapitres, et pourtant je crois que ça fait partie des grands textes que j’ai lus ces dernières années. Ça m’a prise aux tripes, m’a retournée, remise à l’endroit… Un programme de lessivage complet mais avec l’option « délicat ».

J’ai adoré suivre ce bonhomme, ce soldat qui ne joue pas au dur, qui console ses amis et embrasse la photo d’une femme inconnue avant de s’endormir. J’ai eu la sensation de fondre de tendresse page après page, jour de guerre après jour de guerre, à la suite de mes quatre ours dont on avait la sensation qu’ils ne savaient pas trop ce qu’ils faisaient là… Je pense que c’est ce que j’ai le plus apprécié : on ne sait rien de ces personnages. Un nom, à peine un prénom, même pas forcément un âge ou une origine, surtout pas d’histoire, de passé ou de futur. Ils sont soldats, ils savent démonter et remonter un fusil, ils n’ont jamais connu de femme, et c’est tout. On comprend au détour d’une phrase qu’ils ont déjà été au combat, mais on ne s’appesantit pas sur cette expérience, on reste hors du temps.

Dans une littérature qui gueule tout ce qu’elle sait, Mingarelli chuchote. Il oblige le lecteur à s’arrêter deux minutes, à enlever ses bouchons d’oreille et à ressentir à fond son roman. Pour moi, ça a marché, mes bouchons, je n’ai pas très envie de les remettre …

Les Trois Mousquetaires – A. Dumas

Les Trois Mousquetaires - A. DumasCertains romans vous accompagnent tout au long de votre vie. Pour moi, les Trois Mousquetaires fait partie de ces indispensables, qu’on relit régulièrement, qui nous font toujours autant palpiter et dont on regarde le dos avec amour lorsque l’on passe devant eux dans la bibliothèque. Ma première édition est en lambeaux tellement elle a été lue, relue, re-re-relue. C’était une édition bon marché, une « maxilivre » à 10FF à l’époque, elle a servi de bloc-notes, de cahier de brouillon, de support… elle a vécu entre les mains d’une gamine, puisque je n’étais pas bien vieille lors de ma première lecture, je me souviens que c’était en colonie de vacances. Je faisais du cheval toute la journée, et le soir après la veillée je retrouvais Athos, Porthos, Aramis, d’Artagnan … A cette époque j’étais d’ailleurs amoureuse du Béarnais si impulsif, si droit, si juste… Les goûts évoluent, depuis une dizaine d’années je ne jure plus que par Athos, dans le genre beau brun ténébreux. Toute ça pour dire que ce roman a réellement fait partie de mon imaginaire, d’ailleurs l’un de mes chats aujourd’hui s’appelle Aramis (parce qu’il est fourbe).

Essayons de reprendre les choses dans l’ordre. Tout d’abord, qu’est-ce que ça raconte ? On commence dans une ville de province, Meung. Déjà, l’incipit donne envie de plonger dans le roman :

Le premier lundi du mois d’avril 1625, le bourg de Meung, où naquit l’auteur du Roman de la Rose, semblait être dans une révolution aussi entière que si les huguenots en fussent venus faire une seconde Rochelle. Plusieurs bourgeois, voyant s’enfuir les femmes du côté de la Grande-Rue, entendant les enfants crier sur le seuil des portes, se hâtaient d’endosser la cuirasse et, appuyant leur contenance quelque peu incertaine d’un mousquet ou d’une pertuisane, se dirigeaient vers l’hôtellerie du Franc Meunier, devant laquelle s’empressait, en grossissant de minute en minute, un groupe compact, bruyant et plein de curiosité.

Comment résister ? Comment ne pas avoir envie d’accompagner ces bons bourgeois vers l’hôtellerie du Franc Meunier pour voir ce qui s’y passe ? Et ce qui s’y passe, c’est d’Artagnan quittant son père et sa mère pour monter à Paris s’engager dans les Mousquetaires du Roy, ce n’est pas rien ! En chemin il se heurte à un homme fort désagréable et c’est le début des aventures pour lui : le roman ne s’arrête plus de courir jusqu’à la fin, voire même jusqu’à la fin du Vicomte de Bragelonne, 7 tomes plus tard (bon, ça dépend des éditions bien sûr, mais 7 est un joli chiffre).

De ce roman j’aime tout : les personnages, l’intrigue, les dialogues à rallonge parce que Dumas était payé à la ligne, la grandiloquence, la malice … On y apprend des bribes d’histoire de France, on y observe la plus belle des amitiés … Leur rencontre en elle-même est un miracle de littérature : en quelques pages on y découvre tout du caractère des quatre larrons : Athos noble et muet dans la douleur, Porthos vaniteux et entretenu par une femme, Aramis jusqu’au cou dans des histoires galantes. Et d’Artagnan ? Jeune, plein d’allant, courageux et probablement un peu téméraire ! Comment ne pas s’attacher immédiatement à ces personnages si différentes et à la fois si passionnants ?

Je ne peux que conseiller la lecture de ce roman, voire même de la série complète (Les Trois Mousquetaires, Vingt ans après, le Vicomte de Bragelonne). J’ai lu ici ou là que c’était fort mal écrit. Il est certain que Dumas ne cherche pas l’effet de style, mais bien plutôt le plaisir de ses lecteurs. Et, franchement, si tous les auteurs contemporains pouvaient écrire aussi mal que lui …

 

Les Chutes – J.C. Oates

Les Chutes - J.C. OatesBon, je ne vais pas commencer un énième billet en disant que j’aime beaucoup Joyce Carol Oates, si ? Est-ce RÉELLEMENT nécessaire ? Je parle suffisamment d’elle par ici pour que les gens qui me suivent sachent ce que je pense d’elle. Pour les autres, en bas de ce billet il y a écrit « Joyce Carol Oates », cliquez dessus et la lumière sera.

Par contre, j’ai très envie de profiter de ce billet pour parler du « nouveau format révolutionnaire » Point2. Parce que, quand même, ça représente un sacré changement pour le lecteur. Comme toujours il y a des avis pour et des avis contre, et comme toujours je me préoccuperai uniquement de mon avis, puisque je ne suis pas journaliste et que je n’ai donc aucune obligation ou éthique de la neutralité. Niark niark niark. Bon, cela dit, mon avis est très partagé. J’ai envie de le trouver génial pour faire la nique à tous ces apôtres de l’apocalypse qui hurlent à la trahison du livre et en même temps je n’ai pas envie de l’aimer parce que j’ai la sensation que c’est un produit marketing et marketé*. Pas toujours simple d’être une em****euse…

Les pour, d’abord. C’est tout petit ! Ça tient dans la main, ça ne pèse rien, c’est tout joli et tout mignon et, franchement, c’est agréable. On ne le sent pas dans le sac à main et pour quelqu’un qui voyage autant que moi c’est très appréciable. La taille de caractères est idéale pour moi, ni trop grande ni trop petite. Le changement de pagination est de plus très flatteur : « wow j’ai lu mille pages en deux jours! » (oui bon alors chez Pointspasdeux il ne fait que 550 pages hein). On s’habitue assez facilement à l’orientation du texte qui ne paraît pas illogique, même si on se retrouve généralement en train de prendre machinalement le livre dans le sens de lecture « classique ». Le pari du changement de format me paraît donc gagné.

Je trouve un peu plus d’arguments contre, cependant. Le premier, et pas des moindres, est le prix. Cinq euros entre le poche normal et celui-ci. Je sais bien que la différence entre les deux prix vient du brevet et de l’amortissement des machines spéciales nécessaires à l’imprimeur pour gérer ce format, mais dans un contexte où les lecteurs estiment généralement que les livres sont des produits chers, quasiment des produits de luxe pour certains, lancer un produit à plus de 10€ me semble un peu risqué… La fabrication est d’ailleurs superbe, papier collé sur tissu, la reliure est robuste. Mais le papier bible est réellement trop fin : on voit à travers ! Et on est parfois dérangé par les caractères de la page précédente ou suivante qui se sur-impriment sur ce que l’on est en train de lire. De plus, ça complique la tâche de tourner les pages, puisqu’elles ont tendance à se tourner naturellement par deux ou par trois … Le dernier reproche que je ferais, c’est l’orientation éditoriale de la collection : uniquement des rééditions. Je ne sais pas si c’est pour l’instant, si ça va changer, mais pour l’instant j’ai quasiment déjà tout lu …

En bref, je reste mitigée sur ce format. Même si à l’écrit je vois plus de négatif que de positif, pour moi le changement de format est très intéressant, même si je suis un peu sceptique sur l’argument qui dit que la lecture se fait « comme sur un smartphone », peut-être parce que je me fiche que mon livre se lise différemment que mon smartphone. Les avantages de portabilité et de poids sont pour moi très importants. J’aurais tendance à dire donc OUI, et le seul reproche bloquant que j’ai reste le prix. S’il baisse, je pense que je pourrais devenir une adepte de cette petite collection.

Pour récompenser les quelques fous qui sont allées jusqu’au bout de ce texte imbitable, je vais enfin parler un peu du roman en lui-même que, oh surprise, j’ai beaucoup aimé. C’est une espèce de roman choral avant l’heure, où l’on voit une même histoire vue par les yeux de six personnages. Je dis « une même » et pas « la même » puisque les évènements racontés sont différents, dans la continuité les uns des autres mais revenant rarement sur une période déjà décrite par ailleurs. La « Veuve Blanche des Chutes », ses deux maris, ses trois enfants, tous ces personnages plus ou moins tragiques s’entremêlent dans un récit très structuré où l’on ne se perd jamais, et dans lequel on plonge avec un plaisir renouvelé. Je ne vais pas vous reconseiller pour la douzième fois de lire du Oates, si vous étiez gentils vous l’auriez fait depuis mes précédents billets, donc faites comme vous le sentez. Mais si vous en lisez, je serais vraiment heureuse que vous me donniez votre avis sur votre lecture !

* Oui c’est moche mais la figure de style est jolie, elle

Merci à Point2 et à Livraddict de ce partenariat

Le Lent sourire – C. Bonvicini

Le Lent sourire – C. BonviciniL’an dernier, j’avais lu L’Équilibre des requins avec pas mal de plaisir, l’humour féroce et les situations très paradoxales présentées dans le roman m’avaient beaucoup plus. Du coup, cette année, j’étais assez contente de pouvoir lire le nouveau roman de Caterina Bonvicini. Pour le coup, j’en sors assez mitigée. La trame principale m’a tiré des larmes. Ce groupe d’amis qui accompagne l’une des leurs à travers le cancer jusqu’à la mort, ça a fait résonner des choses inconnues chez moi et ça m’a vraiment émue. En revanche, à mon goût, l’histoire du chef d’orchestre est tombée comme un cheveu sur la soupe. J’aurais voulu n’accompagner que les « Friends », et j’ai eu beaucoup de mal à me détacher d’eux et à passer sur l’histoire de ce mec détestable, j’ai mis énormément de temps à comprendre ce que cette histoire faisait là (j’ai cru que ma malédiction était de retour et que c’était un recueil de nouvelles). Et lorsqu’elle a été finie, que j’ai retrouvé mon groupe, la magie était passée. J’ai trouvé que l’écriture avait perdu cette intensité qu’elle avait au début pour tourner vers la bluette un peu gentillette… Pour tout dire, dans la dernière scène, j’ai cru être dans Le Mec de la tombe d’à côté ! La gentille libraire dans un cimetière, c’est ténu comme fil directeur, mais je me suis sentie flouée !

En même temps, si j’avais vu la couverture italienne avant de lire le livre, je crois que je ne l’aurais même pas ouvert. Heureusement, Gallimard a fait une superbe couverture. Je refuse de croire que Caterina Bonvicini ait cédé aux sirènes de la littérature de genre italienne contemporaine qui, à la suite de Mazetti, produit des romans romantiques avec une pointe de piquant. Le début du Lent sourire me persuade qu’elle a du talent. Mais je ne sais pas pourquoi elle s’est fourvoyée dans cette direction finale du couple rapproché par le cancer. Peut-être a t-elle voulu raconter deux histoires en une, de peur de ne pas avoir assez avec son groupe d’amis pour tenir tout au long d’un roman.

Moi, ça m’aurait suffi.

Je tiens à remercier Gallimard, le Furet du Nord, Libfly et Anne-Marie pour m’avoir envoyé ce roman si longtemps avant sa parution.

Ce qu’aimer veut dire – M. Lindon

Ce qu'aimer veut dire - M. Lindon Ce qu’aimer veut dire est un roman ambivalent, à la fois très « mode » et très intense, inscrit dans une époque et intemporel. Dans ces pages, Mathieu Lindon évoque amours et amitiés, Hervé Guibert, Michel Foucault, son père … mais aussi drogue, sexe et certainement rock and roll. Une adolescence classique, marquée par l’entourage paternel. Ça me parle, je pense que les fils et filles de ont des points communs, et que l’un d’eux est cette facilité, cette chance qui se change parfois en déveine, à atteindre des personnes dont tout le monde souhaiterait pouvoir serrer la main. La présence de Robbe-Grillet et Duras dans un jury le rassure car ce sont des têtes connues. Il parle de son père avec Foucault. Et dans un monde légèrement halluciné, il sent qu’il lui faut grandir plus vite que les autres, vivre des expériences d’adulte avant d’avoir terminé son enfance.

Au début du roman j’ai été surprise par ces récits de beuveries, de drogue… et puis je me suis laissée happer par la force de l’écriture et de l’amour qui transparait dans chaque page, chaque phrase, chaque mot même ! Et à cette lecture on se dit que Mathieu Lindon a eu de la chance, non pas de naître dans une famille de culture, mais de naître dans une famille d’amour. Chaque expérience a été faite avec l’assurance tranquille que son père l’aimait, ce qui me semble être le meilleur des visas pour la réussite d’une vie. Il parle peu de sa mère, de son frère ou de sa sœur, mais son père est omniprésent telle une figure tutélaire et c’est cette certitude qui lui permet de grandir, de faire des erreurs et des choses admirables.

J’ai été profondément émue par ce texte qui semble mettre en paroles ce que j’ai toujours ressenti, ce paradoxe qui dit que des parents n’ont pas besoin d’être physiquement là pour être présents, que le cocon dont ils vous entourent ne doit pas être palpable mais immatériel. Que l’amour me semble plus important que le plat chaud, et que cette vision du monde permet à l’enfant de grandir dans un monde de confiance, où il aime et est aimé sans complexe et sans difficulté. Sans l’amour de Jérôme, Mathieu n’aurait pas pu aimer comme il l’a fait, un groupe d’amis solides, des amants, une espèce de débauche de sentiments qu’on ne peut que lui envier.

Parce que fondamentalement, ce roman ne parle pas de Jérôme Lindon mais de Michel Foucault, ami dont Mathieu Lindon semble penser qu’il a été l’un des personnages les plus importants de sa vie. Mais à travers cet amour, cette admiration du jeune garçon envers l’homme mûr, transparaît forcément le besoin de filiation du jeune garçon. Foucault se monter d’ailleurs très paternel avec Mathieu, écoutant ses histoires, rencontrant ses amis, l’hébergeant …

Ce qu’aimer veut dire est un roman splendide que j’ai envie de conseiller à tout le monde autour de moi, tant il m’a profondément touchée et, quelque part, apaisée. C’est un texte superbe qui va rester en bonne place dans ma bibliothèque, à relire régulièrement, à prêter peut-être mais surtout à célébrer.

L’Accablante apathie des dimanches à rosbif – Vassant/Lahrer

L'Accablante apathie des dimanches à rosbif - Vassant/Lahrer— Paru dans DBD n°20 —-

Jipé – Brice, une histoire d’amitié commencée dans un groupe de punk, et qui continue sur les routes de France, avec Brice dans le rôle de l’humoriste vedette, et Jipé dans celui du régisseur. Mais Brice a mal au ventre, vraiment mal, et les médecins sont plutôt pessimistes. Jusqu’à l’annonce qui fait un peu pavé dans la mare : plus que trois mois à vivre. Comme ça, d’un coup, c’est brutal. Surtout que Brice, des choses à faire, il en a plein. Voir une aurore boréale, écouter le cœur de quelqu’un avec un stéthoscope, faire un bébé … Ce genre de chose qu’il n’a pas pris le temps de faire puisque, justement, le temps, il l’avait…

L’Accablante apathie des dimanches à rosbif, comme titre, ça se pose là. Et comme ça ne veut pas dire grand-chose, ça veut tout dire. Ça montre le côté absurde de la lutte du héros. Mais ça montre aussi avec quel humour il va prendre tout ça. Ça, ce sont les pilules, les larmes, les hésitations…

Jamais pathétique, l’album dérive entre scènes de spectacle et vie quotidienne d’un gars normal qui va juste vivre du mieux qu’il peut le temps qu’il lui reste. Ce sont trois mois, ça pourrait être trente ans tant c’est calme, doux et tranquille. Ça vous remue, vous embarque et vous repose sur la rive, pas tout à fait comme avant. Un grand album.