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Le Monde à l’endroit – R. Rash

Le Monde à l'endroit - R. RashJe me souviens de la première fois qu’on m’a parlé de ce roman. C’était Anne, il me semble, qui me disait à quel point ça lui avait plu, que c’était dans la veine du nature writing et que ça pouvait faire penser à Sukkwan Island. Ça m’a fait acheter le livre, mais aussi le laisser très longtemps sur une étagère parce que ça m’a fait peur. Genre vraiment peur, parce que j’avais beaucoup aimé Sukkwan Island mais je n’avais franchement pas envie de relire ce genre de texte, sombre et sans aucun espoir. Du coup il est resté sagement sur son étagère à attendre, à regarder des plus légers que lui être lus plus rapidement, et il faut admettre qu’il ne s’est jamais plaint, allant quasiment jusqu’à se faire oublier. Ce jusqu’à la fin d’année dernière où, en préparant la pile de bouquins qui allaient partir une semaine en vacances avec moi, je l’ai mis dans la valise sur un coup de poker. J’en ai mis d’autres, en me disant que si je n’aimais pas j’aurais toujours la solution de le laisser tomber, que je partais au pire du pire dans une ville remplie de librairies, que j’avais ma liseuse et 6 romans pour 7 jours (dont Noël et Nouvel An).

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Le Hareng et le saxophone – S. Weil

Le Hareng et le saxophone – S. Weil

Une autre lecture peu réjouissante pour moi, principalement parce que c’est plus de l’autobiographie que du roman et que je ne m’y attendais pas. Je n’ai pas réussi à m’intéresser au texte malgré mes tentatives longues et attentives (plusieurs jours, tout de même) et du coup je n’ai pas grand chose à dire. C’est sympathique, mais sans casser trois pattes à un canard, dirons-nous.

Yanvalou pour Charlie – L. Trouillot

Yanvalou pour Charlie - L. TrouillotJ’ai eu à l’époque ce livre en service de presse. Pour la réunion de présentation de rentrée aux libraires. En… euuuuh… juin 2009. J’aimerais me pencher sur ces livres qui attendent des années dans la PAL avant d’être lus. Pour leur grande majorité, ce sont des livres que je n’ai pas choisis moi-même : sac de services de presse, bouquins achetés en pile à 1€ ou romans achetés sur un coup de tête en se disant « mon radar est dans le rouge mais ça se trouve je me trompe, ça va me plaire ». Il y a aussi les lectures professionnelles qui parfois attendent longtemps, mais de fait comme, malgré le fait qu’elles soient professionnelles, personne ne me les demande nulle part, je m’arrange avec ma conscience pour les acheter, les feuilleter, les mettre dans la PAL et les ressortir un jour de grande motivation.

Bref, tout ça pour évoquer ces « fonds de PAL » qui ressortent par moment parce que je me dis d’un air affligé qu’il va tout de même falloir que je les lise, qu’ils vont sortir en poche, qu’on parle de l’auteur partout, que tout de même je ne peux pas les oublier là … Et en même temps, parfois, on a bien fait de les laisser au fond. Des fois ils sont chiants. Des fois ils demandent plus de maturité que ce qu’on pouvait avoir au moment de l’achat. Des fois ils viennent mieux après certaines lectures qu’avant. Et puis des fois il n’y a pas de raison. Je ne sais pas pourquoi j’ai laissé Yanvalou pour Charlie aussi longtemps dans un coin, alors qu’on a parlé de l’auteur à tort et à travers (dans de tristes circonstances, il est Haïtien), alors que tout aurait du faire que je me jette dessus. Et pourtant non, il est resté là deux longues années, avec son post-it indiquant la page devant être lue à la présentation de rentrée.

Et parfois, j’ai envie de me taper la tête contre les murs. Pourquoi, mais POURQUOI j’ai laissé ce roman traîner aussi longtemps ? C’est un texte splendide ! Bon, d’accord, c’est choral et on avait dit que chaque auteur qui écrirait un texte choral serait voué aux gémonies. Mais on va être coulant ici parce que c’est particulièrement réussi. Chacune des voix est réellement différente des autres (mention spéciale à celle de Charlie dont je suis sortie essoufflée) et dans l’ensemble ce roman vous prend aux tripes. Vraiment. J’ai eu beau le finir dans le tram (qui n’est pas le lieu idéal pour les émotions) j’avais une vraie boule dans la gorge, malgré une fin aux options un peu convenues. Les phrases sont « brutes », l’écriture peu complaisante, le style lapidaire… et on est accroché. Difficile de le lâcher, de ne pas se passionner pour ses héros dont pourtant on ne nous montre rien, une tranche de vie sans avant ni après, sans misérabilisme mais aussi sans espoir.

Un très beau roman que je ne peux que vous conseiller.

Quatre jours en mars – J.-C. Grøndahl

Quatre jours en mars - J.-C. Grøndahløøøøøøøøøøøøøøøøøøøø j’adore cette lettre de l’alphabet nordique que mon clavier ne possède pas, pour moi c’est l’inconnu absolu. Le ß allemand est connu, la ñ espagnole rebattue, mais le ø, quelle poésie … Quand je le vois je pense froid, neige, traîneau, glace, hareng … Ça me fascine, je rêve de visiter ces pays du Nord depuis que j’ai lu Smilla ou l’amour de la neige (ce qui prouve mon masochisme profond, vu que ce n’est pas un roman réjouissant). Mais comme Celui Qu’Il Ne Faut Pas Nommer a des ancêtres lézards dans sa famille, il refuse d’aller dans le froid. Tant pis, j’irai seule.

De là à dire que je n’ai pris ce roman que parce que son auteur avait un ø dans son nom, il n’y a qu’un pas à faire, mais je ne le ferai pas, je ne peux pas dévoiler à ce point-là ma méthode infaillible de choix de mes prochaines lectures. Je me contenterai de vous laisser penser que c’était dans l’air du temps, très mode avec le Salon du Livre, et je m’arrêterai là. Non mais ho, il faut quand même que je garde un peu de flou artistique, je ne peux pas m’épancher comme ça sans limite sur un blog public !

Cela dit, j’ai adoré ce roman. Je me suis sentie proche comme jamais d’Ingrid, de son histoire compliquée, de sa famille bordélique et de son penchant maladif à la paranoïa avancée. Moi aussi, tout le monde m’en veut, alors quand je « rencontre » une sœur de folie, je biche. En quatre jours tout s’effondre, et pourtant à aucun moment le roman n’est poignant, ou triste, sauf éventuellement l’avant dernière ligne. Entre temps tout avance doucement, entre deux eaux, entre flash-backs plus ou moins lointains et vie qui continue. Son fils est un voyou, son ex-mari un… ex, son amant peut-être pas sa meilleure idée, sa mère et sa grand-mère sont à baffer et au milieu de ça elle vit et finalement rien n’est si grave. Pour une fois on ne sombre pas dans la tragédie, mais juste dans les choix d’un personnage ou plutôt d’une brochette de personnages entremêlés. Pas de sombre secret dans un passé révolu, juste des doses différentes d’amour et de mensonge. J’ai lu ça complètement hallucinée de tant de douceur pour décrire tant de dureté, définitivement il faut que je lise les autres romans de cet auteur.