Les Villes de la plaine – D. Meur

Il y a une bibliothèque, à Bruxelles, qui a fait une rencontre double : Jacques Abeille et Diane Meur. Ça me rassure sur les bibliothécaires : ils savent parfaitement lire ! (je vais me faire taper). Mais il y a là une évidence dont j’ai pourtant fort peu entendu parler : Les Villes de la plaine semble presque une suite des Jardins Statuaires, tant dans le rythme que dans la narration. Et c’est un vrai plaisir que de se plonger dans un roman si maîtrisé, avec une si belle langue. Parce que ce n’est pas tout de raconter une histoire sympa, il faut aussi le faire correctement. Certaines écritures sont insupportables, d’autres simplement ennuyeuses, trop savantes ou trop peu élaborées. Diane Meur, on l’avait déjà vu dans Les Vivants et les ombres, a ce petit quelque chose qui fait que sa langue est à la fois belle et accessible. Les tournures de phrases sont enchanteresses avec un vocabulaire qui reste simple et pas pédant.

Les Villes de la plaine, c’est l’histoire d’une civilisation qui se prend les pieds dans sa propre modernité. On la suit à son apogée, qui ne peut être suivie que d’une Chute, et en même temps quelques chapitres nous permettent d’accompagner des archéologues lors de la redécouverte de la ville une dizaine de siècles plus tard. De voir ce qui sera retenu dans les siècles des siècles. Et c’est une splendide leçon d’humilité que nous livre ici Diane Meur, qui nous montre que ce qui est retenu d’une civilisation c’est ce que l’on fixe solidement, et pas ce que l’on n’écrit pas tellement c’est évident. De Sir on ne retient que les créances de dettes gravées dans l’argile que le corpus de lois, tellement plus important, n’a été écrit que sur du papier qui s’est perdu avec le temps. On pourrait partant de là entamer une réflexion sur le numérique, et sur la solidité face au temps d’un fichier informatique par rapport à une bonne vieille stèle. En même temps, si j’écrivais ce billet sur un menhir, vous ne seriez pas très nombreux à le lire.

Ce corpus de lois est un personnage central du roman, puisque c’est autour de sa relecture et de son interprétation que prendra place l’intrigue. Car c’est là l’enseignement du texte, cette relecture par un œil neuf d’un texte devenu religieux et qui refait sortir son aspect démocratique et purement politique. Un bel appel aux fondamentalistes de tous crins qui ne craignent rien tant que ces interprétations des textes sacrés à la lumière des recherches archéologiques.

Je ne peux pas dire que les Villes de la plaine soient une bonne surprise puisque je savais, dès l’annonce de sa parution, que ce serait un beau roman. Je fais là-dessus une confiance quasi-aveugle à Diane Meur. Mais tout de même, je ne pensais pas plonger dans cette eau paisible, dans cette narration calme malgré l’urgence, malgré la révolte. Cette réflexion sur l’impermanence mais aussi sur l’interprétation me parait nécessaire en une époque de doute, et je ne peux que vous encourager à le lire et à l’offrir. En tout cas, c’est ce que je vais faire.

17 commentaires sur “Les Villes de la plaine – D. Meur

  1. Euh à ma grande honte, j’avoue ne pas avoir compris l’allusion à la bibliothèque bruxelloise qui a fait une rencontre double… Tu veux bien nous expliquer dis ? :)

    Entre parenthèses, ma honte est double, car j’y habite… à Bruxelles ! D’où la raison pour laquelle je me permets d’insister pour comprendre ;)

    Merci d’avance !

  2. La rencontre entre Jacques Abeille et Diane Meur aura eu lieu demain jeudi 22 septembre à la Cinémathèque du Palais des Beaux Arts, rue Horta 9 à Bruxelles.
    Centrino, c’est à 12h30, la rencontre devrait être passionnante, j’aimerais y être.

  3. Non je ne suis pas de Bruxelles, je suis juste un amateur de Diane Meur et de Jacques Abeille. L’info est relayée sur le site des éditions Attila.
    Quand à diane Meur, elle devrait venir à la librairie Ombres Blanches à Toulouse fin octobre ou début novembre. Il me tarde !!

  4. Pingback: La Vie de Mardochée de Löwenfelds écrite par lui-même – D. Meur | Reading in the rain

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