Je poursuis ma plongée dans Bolaño avec Anvers, qui m’a profondément ennuyée et me fait craindre le pire pour la suite, alors même qu’Un petit roman lumpen m’avait tellement plu. Alors, les fans de Bolaño, lequel est le plus proche de son univers ? Plutôt le récit bien construit ou les phrases sans queue ni tête dans des nouvelles d’une page et demie qui semblent n’aller nulle part ? Parce que si Anvers est représentatif, je vais peut-être faire une croix sur la suite, moi…
Anvers – R. Bolaño
Eurêka Street – R. McLiam Wilson
Et là, on a un souci. Des semaines que j’écris majoritairement sur des bouquins moyens et maintenant que je me retrouve face à un vrai chef d’œuvre, je voudrais faire un billet splendide, sensible, bien écrit, passionnant, pour vous donner réellement envie de lire Eurêka Street, et je sèche. Je sèche, forcément, je me sens rouillée et en plus j’ai la sensation que quoi que j’écrive, je ne saurai pas rendre hommage à ce pu** de roman qui m’a retournée, m’a redonné le sourire et foi en la lecture et en le roman contemporain. Je pourrais m’arrêter là, je pourrais ne pas raconter comment il est venu entre mes mains mais c’est une jolie histoire alors voilà
Les Écrivains sont-ils bêtes – R. Nimier
Bon, après celui-ci, promis, on rompt la période de vache maigre (oui, non, bien entendu, c’est pas moi la vache, hein) pour parler d’un pu*** de bon roman. Parce que là, à nouveau, ben… Vous me direz, ce n’est pas un roman, ce à quoi je répondrai que vous avez raison, mais que ça ne devrait pas l’empêcher de me donner envie d’en tourner les pages, mais bon il est vrai que je ne lis pas ou peu d’essais parce que ça fait fonctionner mon cerveau et que je n’aime pas ça. Il paraît que c’est pour retourner en enfance et ne pas accepter le fait que je suis adulte, mais en même temps on parle à quelqu’un qui ne cuisine pas, ne remplit pas ses déclarations d’impôts, ne lit ni ses relevés bancaires ni ses fiches de paie et se repose sur un adulte plus âgé pour faire tout ce qui l’embête, alors j’ai envie de dire que l’analyse n’était pas bien difficile à faire, et puis de toutes façons je suis jeune, mon blog annonce glorieusement 24 ans et je ne vois pas bien pourquoi je le changerais.
Le Temps, le temps – M. Suter
Martin, Martin. Mon cher Martin. On peut se tutoyer? Bien sûr qu’on peut, j’ai un peu l’impression de te connaître à force de lire ce que tu écris. Martin, il faut que je te le dise, tu m’as fait peur. Ta série des Allmen, là, c’était un peu flippant. C’était sympa, hein, pas de doute là-dessus, mais bon ça cassait pas trois pattes à un canard, même borgne. Je commençais même à me dire que tu t’étais empâté, là, dans ton île sous le soleil (ouais, je suis jalouse, comme tout le monde, non?). Mais en fait non, petit canaillou. Tu te planquais pour écrire Le Temps, le temps où je t’ai enfin retrouvé et où j’ai aussi retrouvé le plaisir de ton écriture et de tes histoires sévèrement burnées.
Nuit – E. Hilsenrath
Il y a des fois des romans qui ne fonctionnent pas. Dans lesquels on ne rentre pas, alors même qu’on devrait. La faute à pas de chance, à l’hiver qui s’éternise, au manque de magnésium (j’essaye de le combler par la consommation régulière de chocolat, mais du coup ça n’aide pas mon moral qui baisse au fur et à mesure de la montée de l’aiguille sur la balance, et du coup je mange plus de chocolat, et c’est un cercle vicieux). J’aurais du aimer Nuit mais finalement je ne suis pas rentrée dedans, d’autant moins que j’ai en ce moment envie de choses légères de l’ordre de Bridget Jones ou de David Eddings. Alors, forcément, la survie dans un ghetto …
L’Éternel – J. Sfar
La première fois que j’ai rencontré Joann Sfar, c’était en 2002. 2002. Onze ans d’histoire entre lui et moi, et je devrais dire que ce ne furent pas réellement onze ans d’amour fou. A l’époque déjà, il était désagréable et imbu de lui-même. A l’époque déjà, à l’époque où il ne publiait que le premier tome du Chat du rabbin, il avait passé la totalité de la séance de dédicaces à parler avec son attaché de presse sans daigner jeter un seul coup d’œil aux lecteurs qui étions présents et aurions apprécié un échange avec lui, plutôt qu’un dessin vite réalisé. J’ai souvent expliqué ma vision des séances de dédicaces en public, je ne sais pas si je l’ai déjà fait ici : la signature sur le bouquin, le petit dessin sur la BD, je m’en fous. En fait, je vais régulièrement à des séances de dédicace sans bouquin. Ce qui m’intéresse, c’est l’échange. C’est de parler éventuellement avec l’auteur, avec les autres lecteurs. Alors le mec qui ne me regarde même pas, ça m’était resté en travers de la gorge. J’avais eu l’impression d’être un porte-monnaie ambulant.
L’Auberge de Tinong Binong – B. Jacques
Benoît Jacques. Beno Wa Zak. Difficile de parler d’un artiste tel que lui en quelques mots, d’ailleurs il est à peu près autant le roi de la digression que j’en suis la reine. Il publie lui-même, dans sa maison vers Fontainebleau, de petits bouquins poétiques et drôles que l’on destine à tort au public enfantin alors qu’ils peuvent être lus avec profit à tous les âges et par tout le monde. Personnellement, je l’ai découvert il y a relativement peu de temps sur les conseils conjugués de deux libraires. Vous remarquerez d’ailleurs, si vous avez la curiosité de cliquer sur les liens de mes dealers, qu’il a réalisé la têtière du site de la librairie les Oiseaux Rares ce qui réjouit mes yeux chaque fois que je vais sur le site. La première fois que je l’ai rencontré, je pense que c’était au salon du livre de Montreuil. Il était tellement merveilleusement gentil que je lui ai pris des livres sans regarder ce que c’était réellement, en pensant que je les offrirai à mon neveu si c’était trop « jeunesse » pour moi. Résultat, depuis, ses bouquins se multiplient chez moi. (mais j’en ai quand même offert un à mon neveu, hein, je ne suis pas si méchante que ça). Et si, d’habitude, je n’en parle pas forcément ici parce que ce sont des albums assez vite lus (par exemple Wa Zo Kong que j’ai beaucoup offert autour de moi et qui est drôle à mourir) j’ai envie de vous parler de L’Auberge de Tinong Binong parce que c’est un peu plus adulte, que c’est le premier tome d’un feuilleton et que j’ai passé tout mon temps de lecture à hurler de rire et à en lire des passages à voix haute pour le plus grand plaisir de l’Homme qui essayait de se concentrer sur Mad Men (mais en même temps, Mad Men, c’est beaucoup moins drôle).
Maine – J. Courtney Sullivan
Ah, l’étape excessivement difficile du second roman! Ce moment où tu tiens dans les mains un deuxième ouvrage d’un auteur dont le premier t’a énormément plu, et où tu as vraiment, vraiment peur d’être déçue parce que ça entacherait ton bon souvenir. En plus, si le roman a un thème alléchant mais casse-gueule, c’est encore plus inquiétant. Et là, dans le genre casse-gueule… Le côté « quatre femmes de la même famille qui parlent d’une maison dans le Maine, habitée par la plus âgée », c’était genre l’Himalaya en chaussons de danse sous la pluie, niveau casse-gueulitude. Une famille, des évènements qui se répètent, un côté « féministe mais pas trop » que j’avais ressenti dans les Débutantes et qui n’était pas forcément pour me plaire… Bon, je plonge, on verra bien, hein…
L’Histoire de Pi – Y. Martel
« Le roman de mon enfance », « mon livre de chevet », « le meilleur bouquin que j’aie jamais lu ». Bon, c’est clair, ça vous pose un livre. Ça vous donne même plutôt envie de le lire, genre TRÈS envie, genre on court à la librairie pour l’acheter. Bon, déjà, on tombe face à un souci d’égo : à la librairie, ils ne l’ont plus en Folio, uniquement en Folio Jeunesse. Il est un peu moins cher, mais est-ce que je vais oser sortir dans la rue en lisant un bouquin pour enfants, moi qui tiens à mon image de lectrice sérieuse de romans pour adultes uniquement ? J’ai réglé le problème en le commençant un vendredi soir, pour pouvoir le bouquiner intégralement dans mon lit du week-end sans avoir à me montrer avec à d’autres personnes qu’à un mari désabusé qui ne regarde plus les couvertures sous prétexte que « ça change trop souvent ». On n’est pas aidé.
Baby Love – J. Maynard
Ah, Joyce Maynard. Auteure bizarroïde que j’ai aimée dans Long week-end et pas du tout appréciée dans Et devant moi, le monde ou dans les Filles de l’ouragan. Pourquoi ai-je continué, me demanderez-vous ? C’est très simple : je suis masochiste. Franchement, je ne vois que ça. Ou alors, ça doit être parce que j’ai tellement adoré son Long Week-end que je n’arrive pas à me dire que n’aimerai pas les autres. Oui, ça doit être un truc du genre, une vieille tendresse à l’attention d’une auteur qui vous a fait rêver (enfin, rêver, on se comprend, le principe de l’échappé de prison dans ma maison… bref).

